J'ai un goût de merde dans la bouche. Le goût du doute. Dégueulasse. A force j'ai compris le sens du mot. A force de me retrouver à ne plus vraiment savoir quoi faire, j'ai fini par comprendre que c'est lui qui dirige notre vie. Le doute colle à la peur et nous sommes asservis, asservis par notre peur. Je suis traumatisé par des vagues d'angoisses qui me submergent, et je n'arrive pas a sortir la tête de l'eau, vous serez prévenus. J'aime me balader dans la rue la tête haute, histoire de faire croire à une certaine puissance, puissance sociale de l'affirmation, je m'affirme donc je suis j'existe, je ne me planque pas. Parce qu'à force de faire mon trou, j'ai crée un réseau de galerie, et j'ai du mal à m'extirper de mon terrier. Effectivement dans le noir glacial, j'ai froid, peur et je ne vois rien. Je doute. Qu'est ce qui m'entoure ? Une image détestable fait de vérités sociales, de jugements, de classes et de castes, de stéréotypes et de clichés entravants. Alors je clame : J'AI LE DROIT DE DOUTER. Tout comme j'ai le droit, de crier, pas trop fort, de rêver, pas trop loin, de pleurer, pas trop humide, de sourire, sans trop y croire. Mais surtout, j'ai le droit et je dois avoir peur. La servitude est une arme brandie contre ta tempe. Tout comme la résignation qui ne sert qu'à se gâcher tout entier, à perdre son identité. Une identité qu'on se forge, à force de bourlinguer, d'aller voir ailleurs si y'a mieux, et se rendre enfin compte qu'y' a toujours PIRE ailleurs. Chaque seconde devrait être fédératrice, mais plus le vent souffle et plus y'a de nuages dans le ciel bleu. Ca coûte tellement de se construire, et j'éparpille un peu partout mon matériel, en criant : PEU M'IMPORTE LES MOYENS. Je ne n'en ai pas. J'ai toujours trouvé drôle de penser qu'on gagne a être fort. Parce que plus tu tape fort sur un mur, plus tu te fera mal à la main. Rien ne sert d'enfoncer un porte ouverte, comme il ne sert a rien de s'en prendre à ceux qui n'ont rien fait : le véritable ennemi est tapi au plus profond de chacun. Et angoisser sur sa progression à l'intérieur, revient à commencer a soigner un cancer en phase terminale. Mais c'est le doute qui est le patron, le doute directeur, que l'éducation a mis au c½ur de nos vies égoïstes depuis l'enfance, de nos vies qui paraissent si parfaites, si accomplies. Y'a t'il encore une réelle passion qui nous brûle encore les lèvres ? les lèvres qui devraient être paralysées par l'émotion brute ? Nos lèvres sont flasques, cellulitées. Comment ressentir le frisson fragile et sensible qui n'a plus vraiment traversé notre corps depuis longtemps ? Plus on se dit unis, plus on est sclérosés. Nous n'avons plus de valeurs, nous n'avons plus vraiment d'amis, nous n'avons plus vraiment de croyance, plus vraiment de but, plus vraiment d'espoir. Mettre un pied hors du chemin piétiné de l'existence normée, permettrai d'avoir de nouveau la respiration saccadée et haletante de la peur positive, celle qui donne des ailes, loin de la peur servile qui fait de nous des soldats. Des soldats du quotidien, marchant avidement sur des routes pleins d'embûche pour certains, sur des tapis rouge pour d'autres, on va pas se mentir, on est pas tous logé à la même enseigne, y'en a qui ont la chance inné. Et pour tous les autres, y'a l'alternative chance acquise, encore faudrait-il savoir l'attraper, et arrêter de l'effleurer du bouts de nos doigts tremblants. Y'a trop de connards pour se soucier d'eux. C'est cette phrase qu'on devrai inscrire au dessus des affiches présidentielles, c'est de cette phrase qu'on devrai barrer les slogans « la France aux français » , c'est cette phrase qu'on devrai cracher à la gueule des racistes, des homophobes, des machos, des religieux, des médias. Mais c'est le doute qui nous retient. Et ouais, a force de douter, on sait plus vraiment c'est qui le connard, ou alors tellement déçu, on se laisse faire par ce qu'on a toujours détesté. J'ai pas d'aversion plus profonde que pour ceux qu'il veulent m'apprendre la docilité aveugle et la peur servile.